L’alcoolisme, est-ce une maladie héréditaire ?

Il n’y a pas de chromosome(s) de l’alcoolisme. Ceci est connu depuis longtemps. Par contre, il y a de nombreux gènes (de différents chromosomes) dont le rôle commence à être connu et dont l’implication dans différents volets de l’alcoolodépendance est dorénavant établie.

Les études des constellations familiales et particulièrement des jumeaux permettent d’évaluer le poids de la génétique – « l’héritabilité » – à 50 à 60 % du poids des « causes » de l’alcoolodépendance.

Il faut aussi distinguer facteurs génétiques et « facteurs familiaux ». On sait qu’il existe des familles où l’alcool est omniprésent de génération en génération de façon « culturelle » ; boire est une tradition ; boire « socialement » se fait depuis plusieurs générations. La valorisation s’y fait par la consommation de boissons alcoolisées. Epicurien de père en fils. Mais rien de génétique pour autant.

Revenons à la génétique de l’alcoolodépendance et de l’abus d’alcool.

Le poids génétique des premiers effets « positifs » d’une première alcoolisation (nos jeunes et très jeunes !) est de 60 % : cette première « euphorie » est donc largement « ADN-dépendante ».

Un certain nombre de complications somatiques tardives sont sous dépendance de facteurs génétiques (maladies hépatiques).

Dans certains cas d’alcoolismes, on évoque une « trajectoire de vulnérabilité » commençant dès l’enfance par l’ADHD ou TDA/H (en français : trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Le poids de la génétique dans l’ADHD est de 80 %. Tous les enfants TDA/H ne deviendront pas « alcooliques » loin de là, mais c’est un facteur de risque (génétique) parmi d’autres.

Le centre de la récompense – au cœur des addictions – et son fonctionnement serait sous influence de facteurs génétiques.

Les études actuelles des gènes sur de vastes populations (carte génétique) montrent certains polymorphismes génétiques (séquences de nucléotides) codant pour des neurotransmetteurs impliqués dans les addictions tels le GABA-A, des gènes codant pour l’enzyme ADH (alcool-déshydrogénase, enzyme du métabolisme de l’alcool donc de la destruction de l’alcool par le foie), des gènes codant pour des récepteurs à la dopamine tels DRD4 et DRD2 (DRD2 = récepteur dopaminergique D2). Ces variantes génétiques aboutissent à des modifications significatives de la quantité de certains neurotransmetteurs ou à leur impact au niveau des neurones.

Les taux de GABA-A, de sérotonine et de dopamine ou l’impact de ces neurotransmetteurs sont ainsi donc sous influence génétique. Ces trois neurotransmetteurs sont au cœur des mécanismes de l’addiction.

Il y a une association fréquente entre une variante (dite allèle A1) du DRD2 et l’alcoolodépendance.

Dans la vie de tous les jours ? On peut donc évoquer la génétique du « coup de foudre » donc celle des effets « excitants » de l’alcool. La génétique du tempérament. La génétique des effets sédatifs de l’alcool. Celle de l’accoutumance et de la tolérance. Celle du métabolisme de l’alcool (métaboliseurs rapides/lents). Celle du « craving » (cette « soif » qui pousse à boire ou reboire). Celle de la vulnérabilité à certaines complications somatiques, par exemple la cirrhose. Celle du choix de médicaments selon des critères génétiques à l’avenir. Des études scientifiques au sujet du choix plus judicieux d’un médicament par rapport un profil génétique existent déjà.

Si l’alcoolodépendance n’est bien sûr pas une maladie des chromosomes  et n’est donc pas « héréditaire », c’est une maladie où les facteurs génétiques pèsent  pour 50 à 60 % (comme dans les autres addictions).

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