Je suis atteint d’hépatite C et je bois « socialement ». Qu’est-ce que je risque ?

Le carcinome hépatocellulaire (HCC) est le principal cancer primitif du foie (90 % des cancers primitifs du foie).

Au niveau mondial, l’HCC constitue 7 % de tous les cancers et le 6ème cancer dans l’ordre de fréquence.

Incidence et mortalité sont fort proches en matière d’HCC : quasi tous ceux qui en sont atteints en meurent.

L’HCC est une tumeur se développant dans un contexte de facteurs de risque bien identifiés : l’hépatite B (HBV), l’hépatite C (HBC), l’aflatoxine, alcool et tabac.

Le terrain favorable chez l’homme est le suivant : la cirrhose, l’obésité et le diabète et des facteurs génétiques.

Le risque d’HCC est multiplié par 3 si le tabagisme dépasse 20 cigarettes/jour !

Les facteurs de risques varient selon les régions du monde : si en Asie l’hépatite B représente 60 à 80 % du poids des facteurs de risque (77 % en Chine), en Europe HCV constitue 46 % du risque et HBV 10 % du poids du risque.

En Belgique, les facteurs de risque de HCC se déclinent ainsi : hépatite C 41 % ; hépatite B 17 %, alcool 30 %.

Actuellement, la guérison de l’hépatite C peut être obtenue dans 95 % des cas par les nouvelles médications antivirales. Par ailleurs, en Europe nous assistons actuellement une « épidémie » d’HCC dans les suites des hépatites C contractées massivement dans nos populations dans les années 1980-1990 (époque du « sang contaminé » et des seringues contaminées de nos toxicomanes !). Il faut 20 à 30 ans pour passer d’hépatite C chronique à cirrhose post-virale. Nous sommes probablement au pic de cirrhoses post-hépatite C et de l’épidémie d’HCC !

En effet, il est bon de préciser l’histoire naturelle de l’hépatite C : l’hépatite C aiguë guérit dans 30 % des cas ; il y a évolution vers une hépatite chronique C dans 70 % des cas. Au bout de 20 à 30 ans, 20 % à 30 % des hépatites C initiales évoluent vers une cirrhose ; l’incidence d’apparition d’HCC à ce stade est de 3 %/an. Donc, à titre d’exemple, pendant la période de 10 ans après la découverte d’une cirrhose liée à l’hépatite C, on aura à déplorer 30 % d’évolution cancéreuse.

Quel est le risque de cancer du foie s’il persiste une faible consommation d’alcool (1 verre standard/jour) chez les patients HCV+ avec une cirrhose « compensée » (c’est-à-dire sans complications à ce stade) ? Le risque d’HCC à 5ans chez les buveurs de 1 verre standard est de 28 % ; chez les abstinents, de 12,5 % ! On peut affiner ces chiffres : risque d’HCC chez les abstinents et guéris du virus C : 0 %. Chez les consommateurs guéris du virus C : 9,1 %. Chez les abstinents non guéris du virus C : 17,8 %. Chez les consommateurs non guéris du virus C : 31,4 %.

L’HCV (après l’alcool) est la première cause de cirrhose dans nos pays. HCV est l’étiologie principale d’HCC. C’est la première indication avec l’alcool de transplantation hépatique.

L’augmentation du risque d’HCC est aussi lié à deux facteurs de risque : obésité et diabète type 2.

En pratique, le dépistage de l’hépatite C reste primordial et son traitement médical dorénavant salvateur devrait modifier le décours de cette hépatite C chronique et de l’épidémie d’HCC ! Nous savons par ailleurs que, parmi les patients avec mésusage d’alcool, il y a des anciens toxicomanes ; la prévalence de l’hépatite C dans les populations de personnes « alcooliques » est nettement supérieure à celle de population générale. Pour les personnes aux antécédents de transfusion dans les années 1980 à 1990, un dépistage vigilant s’impose.

Les personnes avec mésusage d’alcool et HCV+ doivent comprendre l’importance de l’abstinence et connaître la possibilité de recours aux nouveaux traitements médicaux destinés à éradiquer le virus de l’hépatite C.

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