Boire trop c’est combien ?

Maximum 10 verres par semaine ?

La consommation d'alcool et le risque relatif de décès (RR)° sur 12 ans, dans l’étude prospective°° de l’American Cancer Society portant sur 276.802 hommes de 40 ans à 59 ans (Marmot et Brunner, BMJ 303 : 565-568, 1991), donne des éléments de réponse. Le RR de décès par « accidents et violence » augmente dès 2 verres/jour ; le RR de cancer augmente dès < 1 verre /jour ; le RR de décès cardiovasculaire dès 6 verres/jour ; la mortalité « toutes causes » augmente dès 2 verres/jour. Ceci répond à la question « trop, c’est combien ? ». Moins de 2 verres par jour.

° RR ? Le risque relatif de développer une affection s’exprime par rapport à « 1 ». Un risque relatif de « 2 » signifie que ce risque est doublé. Ou encore que ce risque est augmenté de 100 %, donc doublé.
°° Une étude « prospective » étudie et suit un groupe de patients au fil des années, mesurant un risque au fil des années.

Alcool et mortalité totale sont aussi étudiés dans la méta-analyse°°° de Di Castelnuovo (2006) qui reprend 34 études prospectives regroupant 1.000.000 sujets avec un suivi de plus 10 ans. En conclusion :

  • Courbe en « J » de la mortalité globale.

  • L’étude porte sur les des 2 sexes : la mortalité des femmes dépasse celle des hommes pour les doses faibles et modérées.

  • Pour 10 g /jour, on observe une diminution du risque mortalité de 16 % à 19 %.

  • En conclusion : avec < 1 verre standard, la mortalité globale diminue. Avec > 3 verres standard, la mortalité globale augmente. La réduction de décès est liée à la diminution de décès coronaires.

°°° Méta-analyse : résultats d’études antérieures similaires regroupées

Les courbes en « J » (voir ci-dessous) : le bénéfice des faibles consommations est décrit pour les pathologies coronaires, le risque d’AVC thrombotique et le risque diabétique.

Les chercheurs du prestigieux INSERM en France précisent qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité entre consommation modérée et bonne santé ; la consommation modérée pourrait être associée à un statut socio-économique plus favorisé qui présente une meilleure santé générale. De plus, si boire modérément est cardioprotecteur, boire < 1 U/jour, c’est déjà augmenter le risque de cancer.

Exemple de courbe en « J » : le risque coronaire :

Les seuils OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ont été déterminés il y a plus de 20 ans et largement fixés en fonction de la mortalité cardiovasculaire (ignorant partiellement la mortalité par cancer qui est dose-dépendante et s’accroît dès la « première goutte ») ; ils avaient été fixés à maximum 21 verres par semaine pour un homme et 14 verres par semaine pour une femme. Ces seuils avaient aussi été fixés en tenant compte de l’acceptabilité sociale de l’époque. Il ne s’agit donc pas de véritables seuils-santé. Ces seuils peuvent être considérés comme désuets.

Ces seuils ont déjà été revus à la baisse dans de nombreux pays européens et anglo-saxons. Ils ont été revus à la baisse dans le Nord de notre pays : depuis 2015 le VAD (Vereniging voor Alcohol en andere Drugs) préconise de ne pas dépasser 10 verres par semaine, homme comme femme, et ce sont là les recommandations faites dorénavant au grand public en Flandres. Cette directive concerne les adultes dès 18 ans. L’Enquête Santé en Flandres en 2013 montre clairement que, parmi les buveurs hebdomadaires, le nombre moyen de verres consommés est de 10,3 (12,2 chez les hommes ; 7,4 chez les femmes). Le chiffre de 10 verres par semaine offre donc une acceptabilité sociale permettant de préconiser ces seuils comme alliant critères santé et critères d’acceptabilité par la population. Le CSS (Conseil Supérieur de la Santé) s'est penché sur la question : les recommandations de maximum 10 verres par semaine sont édictées depuis mai 2018 et adoptées au niveau national.
 

Cherchez un soignant inscrit au réseau alcool mis en place par la SSMG