Le mésusage d’alcool ne diminue-t-il pas au-delà de 65 ans ?

En France, parmi les 55-75 ans, 39 % des hommes et 15,6 % des femmes sont consommateurs quotidiens. La prévalence des troubles d’usage d’alcool concerne 10 % des sujets vivant à domicile et plus en institution. Parallèlement aux décès des dépendants décédés avant d’atteindre 65 ans, le trouble de l’usage ne se réduit pas : mésusage tardif, meilleur repérage.

Les spécificités des séniors ?

  • Diminution du poids (souvent) et diminution de la masse maigre (muscles) avec augmentation relative de la masse grasse, donc diminution du volume diffusion de l’alcool avec augmentation de l’alcoolémie tissulaire et sanguine (l’alcool n’entre pas dans la masse grasse)
  • Polypathologie ; polymédication
  • Coexistence de troubles cognitifs (Alzheimer, autres atteintes cognitives)
  • Interaction (confusogène) avec les médications psychotropes (anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs).

Les recommandations édictées pour les adultes doivent être révisées.

  • Les recommandations aux USA sont les suivantes : pour les > 65 ans, ne pas dépasser 1 verre/jour ; maximum 7 verres/semaine ; maximum 3 verres /occasion.

Quelles sont les complications aiguës ?

  • Risque accru d’ivresse
  • Chutes/traumatismes
  • Etats confusionnels
  • Troubles comportementaux : agressivité, « recul » de la politesse
  • Troubles du rythme cardiaque

Quelles sont les complications chroniques ?

  • Risque d’incapacité fonctionnelle : l’alcool (consommation = ou > 14 verres/semaine) est un facteur de risque pour les activités de la vie courante les plus fines et les plus liées à l’aspect cognitif
  • Risques domestiques
  • Les chutes
  • Les troubles cognitifs et syndromes démentiels : il existe un effet protecteur d’une consommation très modérée ; toxicité par ailleurs ; rôle des carences nutritionnelles et vitaminiques ; caractère réversible !

  • Les syndromes confusionnels : lors de l'ivresse, lors d’usage chronique excessif, lors d’un sevrage inopiné !

  • Si sevrage inopiné (hospitalisation en urgence) : état confusionnel plusieurs jours après l’arrêt de la consommation (jusqu’à 10 jours après !). Savoir y penser ! Chez l’adulte, on observe ces complications dans les 48 à 72 heures.

  • Les maladies psychiatriques associées sont moins fréquentes que chez l’adulte. Néanmoins, il existe de nombreuses dépressions « réactionnelles » chez les séniors, notamment lors du décès de la conjointe d’hommes âgés. Le risque relatif de suicide du sénior qui boit est multiplié par un facteur 9 à 16 par rapport à des personnes du même âge abstinentes.

  • Etat de dénutrition

Conséquences psychosociales ?

  • Sentiment de honte chez les femmes
  • Violence subie
  • Violence exercée vers entourage familial
  • Laisser-aller, isolement

Conséquences santé ?

  • Alcool et foie : cirrhose, rare à cet âge
  • Hypertension artérielle, cardiomyopathies dilatées (cœur « fatigué » sur muscle cardiaque épaissi et dilaté), fibrillation auriculaire (arythmie)
  • Alcool et cancers : bouche, larynx, pharynx, œsophage, colon-rectum, sein, foie
  • Alcool et troubles neurologiques : AVC hémorragiques, troubles cérébelleux (et risque accru de chutes), polynévrite des membres inférieurs

Le repérage : savoir changer nos représentations d’abord !

  • Nous devons changer nos représentations : ne plus penser « dernier plaisir à ne pas supprimer ». Plutôt penser « qualité de vie » à préserver. Penser « réduction des risques » plutôt qu’arrêt ou sevrage. Il faudrait vaincre préalablement des représentations sociales telles le bénéfice cognitif et cardiovasculaire de la consommation modérée, réel mais à mettre à sa juste place.

Comment / qui repérer ?

  • Repérage ciblé préconisé : population : hommes, fumeurs, ayant des difficultés sociales
  • Repérage ciblé : symptômes : sommeil, chutes, dénutrition, dépression/anxiété, plaintes cognitives, algies chroniques
  • Alcoolémie aux urgences : excellent outil pour développer une motivation si « debriefing » à distance de l’incident

En résumé et à retenir !

  • Alcool et séniors : encore un tabou, rien d’anecdotique !
  • Existence d’un triple « déni » (patient, famille, soignants)
  • Savoir changer les représentations : « le dernier plaisir… »
  • Les seuils anglo-saxons sont dorénavant adoptés en France (< 7 verres standard /semaine) (binge drinking : < 3 verres/occasion). Le Conseil Supérieur de la Santé en Belgique proposera probablement prochainement de mettre la barre à 10 verres standard par semaine (à tout âge).
  • Le repérage ciblé présente le meilleur rapport coût-efficacité : les hommes, fumeurs avec difficultés psychosociales
  • Sachons utiliser la motivation des grands-parents que sont nos séniors ! : « Quelle image souhaitez-vous que vos enfants / petits-enfants gardent de vous ? »
  • Est-ce une bonne idée d’offrir vins et alcools à nos séniors à l’occasion de différentes fêtes ou « agrémenter » leur séjour en maison de repos ?

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