Mon mari ne se rend pas compte ou ne veut pas se rendre compte de la gravité de la situation : il boit ses deux bouteilles de vin ; rien ne va plus ; lui dit qu’il s’arrête quand il veut et ne voit pas le problème. Une psychologue consultée me dit qu’il est dans le « déni ». Pouvez-vous me préciser de quoi il s’agit ?

Le « déni » est un mot qui cache de nombreuses réalités parfois très différentes de signification.

Peut-être que votre mari sait très bien qu’il y a un problème mais il en minimise la portée (« je n’ai pu que 2 verres de vin » alors que l’évidence montre que ceci n’est pas vrai) ou rationnalise : il évoque une bonne raison : le stress au travail, l’adolescent difficile, son angoisse, des circonstances exceptionnelles. Des techniques de communication du médecin ou de la psychologue peuvent amenuiser ces « mécanisme de défense » de la personne alcoolique face au changement qu’elle n’envisage pas vraiment à ce moment de son parcours, tout en sachant en son for intérieur qu’il y a bel et bien un problème. A noter que la personne alcoolique peut se montrer inflexible avec son entourage quant à cette communication (minimiser, rationnaliser) et se montrer beaucoup plus ouverte pour aborder ceci avec son médecin ou thérapeute : le « déni » fluctue selon l’interlocuteur. Les techniques « d’entretien motivationnel » utilisées par les soignants peuvent venir à bout de ce type de déni.

Autre cas de figure : la personne alcoolique ne peut que voir les signaux d’alarme autour d’elle. Mais cette personne a aussi son « narcissisme » : elle veut maintenir des apparences de pseudo-normalité sous peine de s’effondrer elle-même. Le déni est sa façon à elle de se montrer et de montrer aux autres qu’elle existe quasi « normalement ». Admettre le drame de la boisson, c’est pour cette personne alcoolique s’effondrer et devenir quantité négligeable. Le déni affiché est une tentative de « survie » pour la personne alcoolique. Admettre cet alcoolisme, c’est le château de cartes qui s’effondre. Là aussi, le thérapeute est mieux placé que la famille pour faire comprendre à la personne alcoolique que parler boisson n’est pas « la fin du monde », c’est le contraire.

Parfois le « déni » devient plus organique, c’est-à-dire résulte d’une atteinte des facultés cognitives induites par l’abus d’alcool. Trop boire diminue la capacité de la personne alcoolique de se mettre à la place de l’autre (déficit de cognition sociale) : la personne alcoolique parait devenir « égoïste » par rapport à son entourage. Elle voit moins ou plus du tout la souffrance de son entourage et se met dans sa propre bulle. L’entourage peut y voir ce « déni ». En fait, il s’agit de fonctions cognitives émoussées par l’abus d’alcool. Ceci peut être réversible (après abstinence) ou irréversible.

Dans des cas d’alcoolisme plus avancé où le cerveau trinque avec de lourdes atteintes cognitives induites, il y a chez ce patient une perte de la capacité de se voir et de voir les autres. Ce patient devient incapable d’appréhender tant sa réalité que celle des autres. C’est un trouble quasi neurologique. Le trouble est parfois réversible, parfois non réversible.

Comme expliqué ci-dessus, le « déni » est donc parfois un mécanisme psychologique que le thérapeute peut « vaincre » avec son patient ; parfois il s’agit de troubles quasi organiques, réversibles sous abstinence ou réduction de la consommation ou parfois devenus irréversibles.

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