Les groupes comme AA ou « Vie Libre » ont-ils leur place dans l'aide aux personnes alcooliques ?

Tout d’abord un peu d’histoire ! « Alcooliques Anonymes » (A.A.) est né dans l’Amérique profonde et religieuse des années 1935 ; les fondateurs – Bob Smith et Bill Wilson, chirurgien et représentant de commerce – ont de solides convictions religieuses. Ils comptent sur la « puissance supérieure » pour s’en sortir.
« Vie Libre » nait dans les milieux ouvriers français laïcs dans les années 1955.
Ces deux mouvements apparaissent donc à des époques où l’alcoologie en tant que discipline « médicale » n’existe pas : l’entraide comblait ainsi l’absence totale d’intérêt du monde médical pour l’alcoolisme.
Le moteur de l’action des groupes d’entraide ? Seul un alcoolique abstinent est capable de bien comprendre et de ne pas juger un alcoolique actif et donc de l’aider. Seul, un alcoolique n’arrive pas à s’en sortir.

Alcooliques Anonymes (A.A.)

A.A. est le mouvement d’entraide le plus connu et le plus diffus en Belgique et compte actuellement plus de 200 groupes locaux. L’essentiel des activités des membres consiste en réunions hebdomadaires.
A.A. considère l’alcoolisme comme une maladie physique, psychologique, mentale et morale. La réunion débute par une « prière de la sérénité » qui commence ainsi « Mon Dieu… ». La notion de « la puissance supérieure » qui contribue au rétablissement y est évoquée. Une réunion consiste en un tour de table où chacun exprime son vécu et un travail commun sur le programme de rétablissement en 12 étapes. C’est le programme de rétablissement des pères fondateurs (1935) tel quel. Le trouble émotionnel est l’objet de beaucoup d’attention ; beaucoup d’alcooliques se disent des hyperémotifs. Les personnes alcooliques seules sont admises aux réunions. Occasionnellement, des réunions « ouvertes » sont organisées à l’attention des proches et sympathisants. L’anonymat est strict et ses racines sont également historiques. On peut concevoir que, dans l’Amérique puritaine d’alors, il n’était pas bon d’évoquer son alcoolisme, considéré comme une faute morale grave. Le buveur devenu abstinent est et reste un « malade alcoolique abstinent ». L’alcool est volontiers pointé comme un « ennemi ». Chaque nouveau membre AA se voit proposer un « parrain AA » ; il s’agit d’un alcoolique abstinent, un « ancien », qui deviendra un contact privilégié pour un nouveau au sein du groupe. En dehors des réunions, une aide téléphonique chaleureuse s’établit entre les membres. Il n’y a pas de cotisation. La littérature AA précise que « les AA ne sont associés à aucune secte, confession religieuse ou politique ».
Voir http://www.alcooliquesanonymes.be

« Vie Libre »

Ce groupe compte plus de 20 groupes en Belgique francophone et organise plus de 12 réunions d’entraide par semaine. L’association est active dans les provinces de Luxembourg, Liège, Namur, Hainaut et Brabant Wallon. Ce mouvement est laïc. Un malade rétabli est considéré comme un malade alcoolique « guéri ». L’alcool est pointé comme un fléau social. L’anonymat n’est pas revendiqué et toutes les réunions sont ouvertes aux conjoints et familiers. L’entraide y a donc une dimension familiale.
Les réunions sont articulées autour de l’accueil des nouveaux et de discussions relatives à certains thèmes liés à l’alcoolisme, ses causes et ses conséquences. La fraternité y est poussée, comme dans les groupes AA. L’entraide téléphonique tout autant.
En dehors des réunions, « Vie Libre » organise nombre d’activités sociales ou festives pour ses membres et leurs familles.
« Vie Libre » souhaite agir sur les causes et conséquences de l’alcoolisme en intervenant dans le débat politique.
Voir http://www.vie-libre.be

Ce qu’en pense le médecin ?

  • Les groupes d’entraide constituent un des leviers du rétablissement des patients alcooliques : l’écoute bienveillante, l’absence de jugement, les conseils judicieux qui y sont donnés apportent une aide importante aux personnes alcooliques. Cette aide va au-delà des réunions : les contacts téléphoniques entre les réunions désamorcent bien des crises familiales, tempèrent des réactions émotives excessives, donc réduisent l’envie de boire.

  • L’entraide (ces groupes) et le travail médical et psychologique se complètent et se renforcent l’un l’autre.

  • Pour nos patients socialement désinsérés, la (ou les) réunion(s) hebdomadaire(s) constituent une nouvelle vie sociale et parfois la seule dans un premier temps. Certains groupes développent aussi des activités sociales en dehors des réunions : sorties festives, activités culturelles, activités sportives.

  • La participation à ces groupes contribue à développer chez les membres l’affirmation de soi, l’expression des émotions, l’écoute des autres donc la tolérance.

  • Les groupes d’entraide ont vu leur action reconnue comme efficace par le monde scientifique.

Bibliographie

  • D. Danis, P. Gache. Psychothérapie et groupe d’entraide dans le traitement des addictions. Duo ou duel ? Alcoologie et Addictologie 2003 ; 25 (1) : 67-71

  • B. Boisset. Groupes d’entraide : un lien à privilégier. De la présence au sein d’une institution soignante à l’intégration dans un dispositif de soins alcoologiques. Alcoologie et Addictologie 2001 ; 23 (1) : 41-44

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