Les « alcooliques » disent souvent  être hyperémotifs. Par ailleurs, ils semblent parfois totalement indifférents au malheur qu’ils créent autour d’eux. Ils sont aussi impulsifs. Je comprends mal ce fonctionnement explosif et peu cohérent. Pouvez-vous l’expliquer ?

D’une part, certaines personnes faisant mésusage d’alcool souffrent d’un déficit émotionnel ; elles ont des difficultés d’accès à leurs propres émotions et à leur expression. On les entend chez le médecin s’exprimer ainsi : « Je n’ai rien de spécial à dire ». Les psychologues parlent dans ces cas « d’alexithymie ».

Chez d’autres personnes faisant mésusage d’alcool, c’est un excès d’émotions ressenties et exprimées qui se manifeste. Un des facteurs expliquant ceci est un affaiblissement des fonctions inhibitrices du cerveau frontal et préfrontal sur les zones cérébrales de l’émotion. Le cerveau frontal et préfrontal tempère et contrôle les zones cérébrales de l’émotion et de l’impulsivité. Or, l’alcool est très toxique pour les zones frontales et préfrontales. Il y alors « libération » du cerveau émotionnel. Et apparition d’impulsivité accrue.

Par ailleurs, les personnes faisant mésusage d’alcool acquièrent parfois une grande difficulté de se mettre à la place de l’autre (encore la toxicité de l’alcool sur certaines zones cérébrales) : on parle de « trouble de la cognition sociale » : concrètement, perte d’empathie, perte de la capacité de se mettre à la place de l’autre, donc une forme « d’égoïsme ». On ne voit plus l’autre ; on apparait comme insensible à l’autre, aux malheurs de ses proches (y compris les malheurs que l’alcoolique produit auprès de ses proches). Il en résulte ce type de propos émanant de ses proches : « Il continue à boire ; sa femme est au bout du rouleau ; ses enfants trinquent ; rien ne le touche et ne le ferait arrêter de boire, même pas tous ces malheurs de ses proches ».

Autre faculté atteinte en cas de mésusage d’alcool : le décodage correct des émotions des autres. La personne alcoolique fait parfois un décodage négatif de la réalité émotionnelle des autres. Négatif parce qu’interprétatif. Tant les émotions faciales des autres que la posture, la voix des autres, sont interprétées négativement : là où les émotions faciales, l’intonation de la voix, la posture sont objectivement émotionnellement neutres, la personne alcoolique peut voir tristesse, méfiance, hostilité. Ces perturbations du décodage des émotions peuvent gravement perturber la relation à l’autre.

Complexe donc que le fonctionnement émotif des personnes faisant mésusage d’alcool ; nombreuses de ces perturbations sont des troubles cognitifs induits par la consommation. L’alcool est un neurotoxique !

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